L’orthographe, c’est bourgeois

Récemment, quelqu’un m’a proposé de corriger les fautes de mes articles. J’en fais un certain nombre, j’en suis consciente et la demande était bienveillante donc je n’ai strictement rien à reprocher à cette personne. Mais ce n’est pas la première fois que ça arrive et comme j’avais cet article qui traînait dans mes tiroirs, je me suis dis que c’était le moment parfait pour le publier. J’en ai aussi parlé rapidement avec vous sur twitter hier et comme je l’ai dis là bas, je ne ferais pas relire mes articles par quelqu’un d’autre.

Pour plusieurs raisons. Pour moi qui travaille très spontanément et publie très souvent directement ce que je produit, c’est beaucoup trop contraignant d’un point de vue logistique. Mais aussi parce que je suis très gênée par le discours comme quoi mon travail serait moins pertinent avec des fautes et je n’ai pas envie de me contraindre à cette vision avec laquelle je ne suis pas en accord pour quelques fautes franchement pas bien grave. Évidemment, je me relis moi même et je vais continuer à le faire, je ne laisse pas des fautes exprès non plus puisque le confort de mes lecteurices m’intéresse un minimum.

En relisant mes articles, ce qui m’arrive de temps en temps quand je veux être sûre de répondre correctement à une question qu’on me pose à leurs propos notamment, j’ai déjà repéré un certain nombre de fautes. D’inattention pour la plupart, mais pas uniquement. Je n’ai jamais pris le temps de les corriger à ce moment là. Je pense que mon attitude répond elle-même à la question de corriger les articles ou non. Je ne pense pas que ça mérite de dépenser de l’énergie pour ça. Et si moins de gens lisent mes articles à cause de ça, honnêtement : ielles perdent plus que moi. Simplement parce que si mes quelques petites fautes vous gênent au point de ne pas lire du tout, je ne suis pas certaine d’avoir envie de faire des efforts, qui à mes yeux ne sont pas nécessaires, pour vous garder comme lecteurice. Finalement, vous ne devez pas être si intéressées que ça.

Je suis toujours sidérée par les discours de mépris dès que quelqu’un à le malheur de faire des fautes. Déjà, concrètement, on en fait presque toustes.

C’est vrai, les fautes peuvent gêner à la lecture et éventuellement même modifier un peu le sens des propos, mais c’est clairement bien moins dommageable que de silencier les personnes qui ne savent pas parfaitement s’exprimer à l’écrit. Et c’est systématiquement ce qu’il se passe lorsqu’on humilie des personnes à répétition. Elles s’effacent et n’occupent plus l’espace, si bien que les autres finissent par ne même plus les voir, voir par nier leurs existences. Je suis sûre que ça doit rappeler certains sentiments aux personnes qui subissent une ou plusieurs oppressions.

Lorsque le sujet de la forme de l’écriture est mis sur le tapis sur les réseaux sociaux, apparaît très rapidement le non-argument de l’école qui est gratuite et obligatoire en France. Cet argument m’agace au plus au point, et j’aime beaucoup répondre à ces gens que la décence aussi est gratuite, pourtant on ne les voit pas en profiter.

Dans un premier temps, tout le monde n’est pas né et n’a pas fait sa scolarité en France, donc même en prenant uniquement les francophones, c’est oublier que l’accès à l’éducation n’est pas le même partout. Et de manière plutôt évidente, c’est oublier toutes les personnes dont le français n’est pas la langue maternelle et qui ont quand même tout à fait le droit de s’exprimer dans cette langue sans la maîtriser parfaitement ainsi que toustes celleux qui sont simplement obligées d’utiliser le français parce qu’ielles sont arrivées en France pour diverses raisons, qu’il ne s’agit pas de résumer ici.

Les personnes dont le français n’est pas la langue maternelle sont la partie émergée de l’iceberg, la partie immergé, c’est le fait que le français est une langue très complexe et que le système éducatif français est très inégalitaire et ne va pas offrir les mêmes chances à chacun. On ne va pas toustes à l’école de la même manière : le fait d’avoir de l’aide, le ventre plein, un toit fixe, une famille unie, aimante et non maltraitante, accès à des cours particuliers, etc mais aussi le fait d’être blanc, homme, valide, etc sont des privilèges qui mettent en place des inégalités qui suivront les élèves jusqu’à la fin de leurs vies et le fait que certainEs arrivent quand même à réussir malgré les bâtons dans les roues n’y change rien.

Toujours est-il que, faire un petit effort pour lire un texte écris un peu en phonétique prendra toujours moins longtemps que d’apprendre à écrire parfaitement le français.

Ne pas écouter, en l’occurrence lire quelqu’un, sous prétexte qu’ielle ne s’exprime pas parfaitement, c’est très clairement du mépris de classe et/ou du racisme. Ca invisibilise le discours d’une partie de la population la plus précaire pour des raisons futiles de forme.

Les règles de la langues sont mises en place par les élites et leurs servent directement à l’oppression des minorités ou des classes minorisées. Il suffit pour le comprendre d’observer la manière dont les femmes y existent. En français, le féminin est marqué, tandis que le masculin est utilisé comme neutre : première inégalité. On remarque aussi que la règle qui dit que le masculin l’emporte sur le féminin (oui on sait c’est le neutre pas le masculin, mais c’est quoi au juste la différence?) n’a pas toujours été d’actualité, puisqu’évidemment, même si les réacs semblent avoir du mal à le comprendre ; le français est une langue qui évolue avec le temps et des individus peuvent provoquer voir imposer un changement. C’est notamment ce qui a été fait lorsque l’accord de proximité a disparu au profit de l’absurdité sexiste du masculin utilisé comme neutre. C’est également ce qui s’est produit lorsqu’il a été décidé de supprimer de la langue le féminin de certains métiers. Si vous avez vu ma dernière vidéo sur les vagues du féminisme, cette invisibilisation des femmes dans la langue à très probablement eu lieu au cours d’un backlash.

Si les femmes et les personnes lgbti+ se réapproprient actuellement la langue avec des nouveaux pronoms et de nombreuses propositions pour inclure les femmes et les personnes non binaire dans la langue, il y a également un travail à faire au niveau du classisme et du racisme, qui lui ne passera pas par la modification de la langue mais par l’évolution de nos propres perceptions de la langue.

Comme je vous l’ai dis, je ne compte donc pas me faire corriger. En revanche, je vais du coup mettre un petit disclaimer au début de chacun de mes articles pour expliquer pourquoi, avec un lien vers cet article là. C’est la solution la plus adaptée que j’ai pu trouver, avec l’aide de mes abonnés twitter, pour ne pas m’ajouter de contrainte, ne pas perdre d’énergie pour quelque chose qui ne DOIT pas avoir d’importance à mes yeux et pour quand même donner une explication sur la potentielle présence de fautes.

Cet article est peut-être un peu brouillon, mais ça fait longtemps que je n’ai pas fait d’article et j’aimerai bien m’y remettre régulièrement, donc j’essaye de ne pas trop me mettre la pression pour ne pas me décourager. Pour le finir, je tenais à dire que si vous, vous êtes gêné par votre écriture, n’hésitez pas à demander de l’aide et à ce qu’on vous corrige ! Je ne crois pas que ma posture soit la seule légitime, simplement c’est celle qui à priori ME convient le mieux. Ce qui est important, quoi que vous choisissiez de faire, c’est que vos fautes ne doivent surtout pas être un frein à votre expression ! C’est une manière utilisé par les dominants pour faire taire les autres.

No Replies on

L’orthographe, c’est bourgeois

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *