LIFE GOAL : devenir une vieille fille à chats.

Dans l’imaginaire collectif l’image de « la vieille fille à chats » dégage quelque chose de négatif, de très négatif même. On nous présente comme un échec le fait, pour nous les femmes ou perçues comme telles, de finir nos vies célibataires et vivant seules avec notre armée de petits compagnons à poils. Comment pourrions nous réussir nos vies sans la présence d’un homme à nos cotés ? Comment pourrions nous nous construire seules nous les éternelles enfants ?

Puisqu’évidemment, finir nos vies aux cotés d’une femme ou d’une autre personne identifiée comme telle n’est même pas une possibilité envisageable dans cette vision réductrice des parcours de vie potentiels.

Cette image de « la vieille fille à chats », c’est un épouvantail. Un épouvantail comme il en existe beaucoup dans le patriarcat, et dans les autres systèmes de domination aussi d’ailleurs. Pour en citer un autre qui me vient en tête comme ça, la méritocratie est aussi un épouvantail.

Ces images nous présentent des situations qu’ils décrivent comme attrayantes ou peu attrayantes, pour nous attirer ou nous faire peur, selon les cas. Peu importe si l’épouvantail se base sur la peur ou sur l’envie, l’idée c’est de nous faire rester dans le droit chemin. De ne surtout pas perturber l’ordre social.

« La vieille fille » c’est une manière de dire que les femmes restent des enfants tant qu’elles ne vivent pas, ou même tant qu’elles ne se marient pas avec un homme. C’est nous expliquer de manière très légère que nous sommes des êtres qui ne peuvent pas s’épanouir et gagner en maturité de manière autonome. Nous avons besoin d’un homme pour ça, au risque de rester des éternelles enfants.

Les filles deviennent des femmes en se mariant, passant donc directement de la domination de leurs pères à celle de leurs maris. C’est aussi ce que nous raconte littéralement l’étymologie du terme patriarcat. Dans le patriarcat, c’est le père qui est au sommet de l’échelle sociale, et même si les hommes, cis en tout cas c’est certain, tirent tous profit du patriarcat, c’est bel et bien les pères qui sont au premières loges.

Celles qui ne se marient pas ne sont finalement jamais totalement accompli. Nous ne profitons pas de l’épanouissement essentiel aux femmes qu’est le mariage et la procréation (gros lol). Nous sommes des êtres inachevées, des enfants n’ayant pas finis leur éducation obligatoire et exercée par les hommes pour devenir des femmes.

C’est aussi ces mécanismes qui nous montrent l’importance de la disparition du terme mademoiselle qui n’est rien d’autre qu’un euphémisme pour nous rappeler chaque jour que nous ne sommes pas encore des femmes. Que nous n’avons pas encore la maturité nécessaire pour être des dames puisque celle-ci ne s’acquière qu’auprès d’un homme. C’est aussi pour ça que les femmes vieillissantes apprécient parfois être appelées mademoiselle alors qu’elles n’en sont plus. Lorsqu’elles sont mariées, lorsqu’elles ont acquéri cette soit disant maturité auprès d’un homme, le terme mademoiselle n’a plus autant d’impact sur elles. Il signifie simplement qu’elles ont encore l’air suffisamment jeunes pour obtenir l’attention des hommes. Ce qui est très valorisant dans le patriarcat.

Cette image de « la vieille fille à chat » est une manière de dénigrer les femmes aussi parce que les personnes qui l’utilisent partent du principe que ce n’est pas un choix, qu’on le devient uniquement par défaut, parce qu’aucun homme n’a jamais voulu de nous au cours de notre vie. En fait, si nous finissons vieille fille, c’est forcément que quelque part nous sommes défaillantes, sinon nous aurions trouvé un homme qui veuille bien de nous. C’est aussi totalement lié au fait que les hommes ne s’intéressent pas aux femmes de leur age. On dit que les hommes vieillissent mieux que les femmes, c’est totalement faux. C’est simplement les hommes qui ne sont attirés que par les femmes jeunes qu’ils peuvent dominer et manipuler à leur guises. Comme diraient certains dont je ne citerai pas les noms, après 18 ans, les femmes commencent à avoir des idées… Oui bah oui, j’imagine bien que c’est embêtant ça… Mais ce sujet mériterait un article à part entière.

Comme le fait remarquer Mona Chollet dans son livre Sorcières, la puissance invaincue des femmes, l’image de « vieille fille à chat » c’est aussi un peu la sorcière. La sorcière est perçue comme vieille, comme possédant des chats, mais surtout comme étant indépendante des hommes. Elle vit seule, à son propre savoir, ses idées propres, etc ; elle ne subit pas les contraintes de l’exploitation domestique que subissent les autres femmes, cette exploitation qui est actuellement si souvent euphémiser par le prisme libéral en la nommant charge mentale. Mais on s’éloigne du sujet, on y reviendra un autre jour !

Bref. L’image de « la vieille fille à chat » est un épouvantail qui sert à nous faire peur, a nous maintenir sous la domination des hommes et à suivre le chemin tout tracé que ces paternalistes ont pensé pour nous. C’est un épouvantail qui cherche à nous empêcher de nous épanouir en tant que femme de manière indépendante des hommes.

Et pourtant, l’indépendance ? N’est-ce pas finalement le seul moyen de s’épanouir ? Au delà d’être difficile, est-il seulement possible de s’épanouir totalement sous le joug d’un homme ?

Finalement, je crois que cette « vieille fille à chat » devrait clairement plus être un life goal qu’un épouvantail pour nous féministes. On sait aujourd’hui que les femmes sont plus heureuses seules que mariées à des hommes. Les seuls que le mariage rend heureux, c’est ceux qui nous exploite, ceux à qui il permet d’avoir des esclaves domestiques et sexuelles à porté de main et ce totalement gratuitement. Allé quelques attentions, un peu de séduction, autant de techniques qu’ils s’apprennent entre eux pour réussir à trouver leur esclave parfaite… Et s’il n’y arrive pas ? Ouin ouin misère sexuelle…

Bref. Finir « vieille fille à chat », c’est l’objectif de ma vie. Ne jamais au grand jamais me laisser avoir par les beaux discours d’un homme. La procréation ? Je n’ai jamais voulu d’enfants et n’en voudrais pas à l’avenir, mais rien ne m’empêcherait d’en adopter ou d’en éduquer avec d’autres femmes si j’avais d’autres aspirations. Je veux mener une vie égoïstement avec pour objectif principale mon épanouissement propre, cette vie qui est la norme chez les hommes et qui est si négativement perçue chez les femmes.

No Replies on

LIFE GOAL : devenir une vieille fille à chats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *